Mercredi 11 janvier 2006

Vous l'aurez sans doute remarqué, je suis fâchée avec les accords de participes  et les accents.

Pour mon oreille si déséspérement  peu musicale,  tous les sons "é" sont phonétiquement frères: lait, tête, pâté.  L'horreur! C'est de mémoire que je choisis. Ou  je prononce mon prénom  à voix haute, affublé de deux accents un aigu, un grave, je suis sauvèe ;-)

Les  participes, avec être pas de problème, ils s'accordent en genre et en nombre avec le sujet.  Il est parti, elle est restée , Il est revenu, elle est partie simple et efficace. Mais l'auxiliaire avoir, une autre histoire.

J'ai mangé deux gâteaux pourquoi ne pas mettre un s puisque j'en ai mangé deux ?   Les deux gâteaux que j'ai mangés avec un s car avant de les engloutir, je les ai regardés, dévorés des yeux. Imaginez deux beaux gâteaux à la vitrine du patissier. Les deux gâteaux que j'ai goulûment avalés  avec deux  circonflexe pour se cacher,  quand on en mange deux, on se planque. La cupabilité opère.

 Les gâteaux que j'ai mangés

Par Bérangère - Publié dans : Ici et maintenant
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Vendredi 6 janvier 2006

 

 

 

 

Sri Lanka.

 

Yala, National Parc sur la côte  sud-est.

 

Dimanche 26  décembre

 

Six heures

 

Nous quittons l’hôtel très tôt pour assister au lever du soleil sur le parc national de Yala, les couleurs sont magnifiques, nous saisissons quelques animaux à leur réveil, buffles, crocodiles, éléphants et mangoustes….Tout est paisible, au loin le ressac de la  mer, une mer bleue et superbement calme…Pendant trois heures nous sillonnons les pistes en jeep. Assise en face de moi, Lise est belle, sa peau dorée, ses yeux noirs, elle rit, elle sourit, j’ai cette pensée folle, si elle doit mourir demain c’est l’image que je veux garder d’elle.

 

 Neuf heures dix

 

Nous reprenons le chemin de l’hôtel, construit face à la mer…. Nous traversons une petite rivière. Le temps est superbe et nous projetons une matinée plage avant de reprendre la route pour Mirissa. Arrivés à la réception, nous croisons Kuma, rendez-vous est pris vers onze heures pour la suite du voyage. Il y a beaucoup d’animation, entre les clients qui rentrent, ceux qui partent et le va-et-vient du petit-déjeuner. Philippe paie le conducteur de la jeep, les enfants jouent à quelques mètres, Léo est en face de moi. Nous nous apprêtons à regagner nos chambres. Un bruit sourd, puissant couvre la voix de Léo, « c’est quoi ça ? ». Une eau brunâtre et mousseuse arrive rapidement jusqu’au lobby, tout le monde se regarde, incrédule, personne ne comprend, pourquoi la mer monte-t-elle jusqu’ici ? Un Sri lankais crie « Run, run ». « What’s going on ? ». J’attrape la main de Thomas mais il ne court pas assez vite, je le porte mais il est lourd et nous ralentit, Léo le prend…Lise est dans les bras d’un Sri lankais, il tombe, Philippe qui nous a rejoints, la récupère….Nous courrons, vite de plus en plus vite, la vague nous rattrape. Je balance mes chaussures, mon sac à dos, tout ce qui entrave ma course, je vois toujours Léo et Thomas, j’ai perdu Philippe et Lise. Je n’ai qu’une idée, courir, courir. Je suis soulevée de terre  avec une violence incroyable, la vague s’est transformée en raz-de-marée. Je ne contrôle plus rien, je suis emportée et ballottée comme un fétu de paille. Tout est gris, sombre, le bruit est terrible. Je ne peux pas  nager, le courant est trop violent. Je suis projetée sur un gros tronc d’arbre, mon pantalon s’accroche aux branches, je suis maintenue vers le fond, le niveau monte, j’ai la tête sous l’eau. J’essaie de retenir ma respiration mais j’avale de l’eau de mer mélangée à des feuilles, du sable, de la boue, je refais surface.  Le paysage défile à toute vitesse, à chaque seconde, je frappe une branche, un arbre. Je suis charriée par le courant. Mes forces s’épuisent, je ne vois plus rien, je ne sens plus rien. Une nouvelle vague m’immerge, à quoi bon résister, ça y est, c’est la fin.  Je suis épuisée, j’entrevois la mort. Une fois encore, je parviens à me dégager, à deux ou trois mètres, un arbre droit, solide…dans un effort surhumain, je l’enlace mais je n’ai pas de prise pour les pieds, le courant est trop fort, J’ai peur, je me demande si je ne vais pas y rester…mourir là noyée, ensevelie, je m’agrippe et trouve un point d’appui. Je réussis à monter sur la plus grosse  branche.   Je reprends mes esprits, mon souffle, je regarde autour de moi. Léo est à proximité, lui aussi perché sur un arbre. Nous  crions, nous nous faisons signe, nous sommes au milieu de l’enfer, du chaos. Thomas ne doit pas être loin, j’entends ses cris. Le bruit cesse, l’eau ne monte plus, pendant un bon moment, nous restons à moitié immergés, ne sachant que faire, descendre, rester en « sécurité » sur notre arbre ? La mer se retire doucement, une immense baignoire qui se vide. Vision d’apocalypse, des corps allongés en sang, des femmes en pleurs, des enfants effrayés, un homme, le corps couvert de blessures sort d’un buisson d’épineux, il est Français, nous serons amenés à nous revoir. Léo me rejoint, nous nous embrassons, nous ne comprenons rien à ce qui vient de se passer. Je récupère Thomas, emberlificoté dans des branches « t’as vu maman j’ai toujours mes chaussettes mais elles sont mouillées ! ». Petit amour !.  Je ne pleure pas, je suis dans une contrée inexplorée de ma vie, l’instinct de survie a pris le dessus. Je me convaincs que Philippe ne doit pas être loin. Des hommes « secs » accourent, il faut les suivre, des secours et des jeeps nous attendent à une centaine de mètres, juste après la rivière. « Get down now and run, run ! ».  Contrordre, une deuxième vague va arriver, vite regrimper le plus haut possible, Léo s’écroule sur le sol, épuisé, Thomas commence à avoir peur, peur que recommence l’horreur. J’aide une Sri lankaise et ses deux fils à grimper sur un arbre, elle est effondrée, crache, j’ai peur qu’elle perde connaissance. L’idée d’une deuxième vague me terrifie, la première m’a prise par surprise, je n’ai eu qu’à me laisser porter…maintenant je sais….Je sais que si la deuxième vague est aussi violente, elle nous emportera tous.



Les hommes « secs » reviennent, nous avons le temps de descendre et de courir jusqu’à la rivière. Léo appelle son père, sa sœur, il hurle. Pendant vingt minutes, une demi-heure ? Il a maintenu son petit frère la tête hors de l’eau, lui sauvant la vie.  Nous courrons vers la rivière, une quinzaine de mètres à traverser, le courant est puissant, nous formons une chaîne, nous nous tenons tous la main, des Sri lankais aident les plus faibles, je regarde avec angoisse vers la mer, si la vague revient…..Je ne sais plus qui je suis, où je suis, j’avance tête baissée, la petite main de Thomas dans la mienne. Nous arrivons sur la terre ferme, Léo est loin derrière, je monte dans la jeep, le conducteur démarre, je gueule, « my son, Wait for my son ! », je suis hystérique…Léo court comme un dératé, il s’engouffre à l’arrière du véhicule et nous démarrons en trombe. Le chauffeur conduit à tombeaux ouverts, la campagne est belle, verte, les rizières, les palmiers, je vais me réveiller….Ma voisine s’évanouit, un gamin vomit…je serre Thomas contre moi, « c’est fini hein Maman ? »  « Oui, mon chéri, c’est fini » et dans ma tête, l’image de Lise, celle de ce matin avant toute cette merde. Doucement, je sens en moi germer la petite idée qu’elle pourrait avoir été emportée. Je ne pleure pas, mes larmes restent sèches.

 

Onze heures dix

 

Nous arrivons au petit village de Tissa. La rue principale est bondée de monde, des curieux, des badauds qui viennent aux nouvelles. Nous sommes amenés dans un hôpital de campagne, très vite, le staff est débordé, médecins, infirmières sont assaillis et sollicités de toute part. Ni Léo, ni Thomas, ni moi ne sommes franchement blessés, des bleus, des vilaines coupures tout au plus, nous partons. Au milieu de la foule, nous sommes approchés par deux jeunes touristes françaises, elles ne comprennent pas ce qui se passe, ce qu’il s’est passé….On raconte…. Un  Sri lankais nous offre l’hospitalité, sa maison est à deux pas. Nous acceptons  et débarquons, pauvres gueux dépenaillés, chez des gens adorables. La femme nous apporte du thé, des biscuits, des vêtements. Et toujours dans ma tête l’image de Lise, cela tourne à l’obsession. Léo aussi est inquiet, où sont sa sœur et son père? Nous  n’osons pas nous l’avouer mais nous sommes morts de trouille. Je retourne à l’hôpital, des jeeps et des mini bus continuent d’arriver de Yala. Je fais tous les bâtiments, huit maisonnettes insalubres, je retrouve Denis, le Français, il est très mal en point, en face de lui, Vincent, un Belge, fracture ouverte du bras, ils sont soignés avec les moyens du bord..…Les blessés s’entassent, deux par lit ou trois si ce sont des enfants. Le sol poisseux est maculé de sang frais, partout des pleurs, des cris, des gémissements. Toujours pas de traces de Philippe ni de Lise. Je suis ailleurs, je ne touche toujours pas terre. Sur un lit, une femme, ramassée comme un fœtus, son corps n’est qu’hématomes, coupures et blessures, je lui parle, elle a le visage tuméfié, la bouche, les yeux ont doublé de volume, elle est sous perfusion, elle s’appelle Setsuko, elle est Japonaise. Elle fait partie d’un groupe de dix-sept, seuls cinq ont été retrouvés et entre chaque phrase, ce mot qui revient « tsunami, tsunami ! ». Je lui caresse les cheveux, je ne peux rien faire d’autre. Je retourne voir Léo et Thomas. Je suis comme un lion en cage, je vais, je viens,  impossible de me poser. On m’offre une cigarette, la tête me tourne, je ne sais pas ce que je dois faire, je voudrais remuer le ciel, la terre et la mer pour retrouver mon mari et ma fille.

 

 

Treize heures

 

Cela fait maintenant quatre heures que nous sommes sans nouvelles de Philippe et Lise. L’image de Lise repasse inlassablement devant mes yeux. Je l’imagine, petit corps flottant et dérivant au fil de l’eau. La mort va me jouer un mauvais tour pour avoir eu ce matin cette folle pensée... Je suis inquiète mais persuadée que Philippe s’en est sorti puisque, moi, j’ai survécu. La femme qui nous accueille arrive en courant, «  your daughter, your daughter, she looks like  him ??? » elle montre Thomas du doigt. Je la suis, je cours, je vole, en dix minutes, je fouille l’hôpital de fond en comble, rien, personne, enfin je les aperçois, sains et saufs. Dans la salle, entre les blessés, les mourants, les criants, on s’étreint, on pleure. Nous rentrons « chez nous ».  Léo et Philippe s’embrassent dans les larmes, Thomas et Lise font de même, nous avons été sauvés par la main de Dieu . Je suis en sécurité, je peux m’effondrer. Alertés par nos deux jeunes touristes françaises, un couple de suédois nous propose leur aide. Birgitta et Aki sont extraordinaires  Elle s’occupe de moi, me prend dans ses bras, me console, me donne à  boire, me lave le visage, « Cry, cry, let it go ! » Léo est encore très sonné mais il a retrouvé son père, sa sœur. Dans ma bouche toujours ce goût dégueulasse de vase, de boue, d’eau de mer…dès que je ferme les yeux, le cauchemar, la vague, les branches, la douleur…. Aki et Philippe  échangent les cartes SIM des téléphones portables. Le nôtre est foutu. Il est environ quinze heures, nous avons déjà reçu des messages de Singapour. En France, il est encore tôt mais Léo appelle Justine, il lui raconte l’horreur, dans ses yeux, de grosses larmes. Les informations arrivent de gauche à droite, par nos amis de Singapour, par les Sri lankais, un tremblement de terre dans la région de Sumatra serait à l’origine du raz-de-marée, au moins neuf sur l’échelle de Richter….Alors que nous racontons pour l’énième fois notre aventure, nous voyons arriver Kuma. Dieu merci lui aussi et sain et sauf. Nos deux jeunes françaises prennent Lise  et Thomas en charge. Elles sont à l’écoute, leur posent des questions, ils racontent, évacuent un peu la peur. Elles déploient des trésors  d’imagination pour les faire rire. Dans un état de semi-inconscience, je les entends. Je réalise par leur récit ce que nous venons de vivre. Léo dort dans une des chambres, en parlant à Justine, lui aussi s’est un peu libéré. Philippe commence à prendre les choses en mains, il assure toujours dans les situations de crise. Birgitta m’informe qu’elle nous a trouvé une chambre pour la nuit. Nos jeunes françaises sont allées acheter des vêtements. Nous retournons à l’hôpital voir Denis et Vincent, au bout du lit de Denis, un Japonais couvert de sang.  Denis est toujours sans nouvelle de sa femme et de ses deux enfants, le corps de l’amie de Vincent, vient d’être retrouvé,  elle est morte….Vincent doit identifier la dépouille…

 

 

De toute cette aventure, nous avons sauvé quelques milliers de roupies miraculeusement  restées dans la poche de Philippe, pour le reste, passeports, billets d’avion, valises, tout absolument tout a été emporté par la vague, les vagues…. Philippe me confirme qu’il y en a bien eu deux. Ils sont tirés sur plusieurs centaines de mètres mais il réussit à se hisser sur un arbre, il a peur que la violence des flots l’arrache. Ils se retrouvent  coincés sous une masse énorme de débris, l’hôtel s’est écroulé comme un château de cartes. Il se libère et retrouve un arbre, plus grand, tous ces mouvements et gestes sont difficiles car il tient Lise serrée contre lui. Il me dit l’angoisse puissante, envahissante, de ne pas pouvoir sauver Lise, de la perdre, de la voir  disparaître, emportée par la force du courant…. Cet arbre semble plus solide mais résistera-t-il à l’assaut d’une deuxième  vague ? Philippe la voit arriver.  Les décombres de l’hôtel flottent à la surface. Il craint que les murs, les chaises, le poids des débris accumulés ne l’emportent lui aussi. La mer se calme et le silence tombe, pas d’oiseaux dans le ciel, pas de cris, qu’un paysage immobile, lourd et  pesant. Il crie nos noms. Léo, Thomas et moi avons été  entraînés par la première vague sur environ un kilomètre. Nous ne comprenions rien à ce qui se passait. Philippe perché à six mètres a vu l’horreur arriver, partir, revenir, impuissant et terrorisé.



Comme nous, ils sont brutalement emportés. Philippe lutte pour garder la tête hors de l’eau, il lit la peur et l’incompréhension dans les yeux de Lise, elle panique, elle crie. Une seule chose l’obsède arriver à la tenir jusqu’au bout. Une image traverse son esprit, une rencontre dix ans plus tôt où un père entraîné par un torrent de montagne n’a pas pu tenir sa fille tant le courant était violent…. Très vite, ils sont bloqués par un arbre, ils essaient de grimper mais la vague le couche. Ils se retrouvent tous les deux coincés sous l’eau. Ils parviennent à se dégager. Pourquoi, comment ? Lise s’est calmée, elle est agrippée à son père, il l’encourage. Le courant les entraîne vers un arbre, ils s’y accrochent, celui-là a l’air plus solide. Un Sri Lankais est déjà là, accroché aux branches, il aide Lise à monter, il se cale et la prend sur ses genoux. Philippe récupère un peu. L’hôtel s’est écroulé comme un château de cartes, les débris s’accumulent au pied de l’arbre, Philippe craint que les murs, les chaises, le poids des débris n’emportent son refuge. Le calme revient, partout de l’eau…de l’eau à perte de vue. Il voit arriver la deuxième vague, il prépare Lise, l’arbre ne tiendra peut-être pas…Il va falloir se rejeter dans le courant, être courageuse, bien le tenir…mais la deuxième vague est moins puissante que la première. Des craquements sinistres mais l’arbre tient…

 

La mer s’apaise et le silence tombe, pas d’oiseaux dans le ciel, pas de cris, qu’un paysage immobile, lourd et pesant. Il crie nos noms. Une armée de fourmis attaque, cela fait diversion, Lise les chasse. Sur une autre branche, un chat terrorisé, le poil hérissé…Au loin, Philippe aperçoit deux Sri Lankais tirant le corps d’un touriste européen, immédiatement il pense à Léo, il sent son cœur se briser. Si Léo est mort, qu’est devenu Thomas ?

 

Philippe n’a jamais vu la mer se retirer, il n’a aucune idée de la profondeur de l’eau, il ne veut pas quitter son arbre, il a peur et s’y sent en sécurité. Le Sri Lankais ne parle que quelques mots d’Anglais, il cherche son ami des yeux.  Après deux heures d’attente, entre ciel et mer, deux Sri Lankais arrivent avec une grande bouée, ils viennent secourir les enfants, ils aident Lise à descendre et s’éloignent. Philippe nage pour les rattraper, il ne veut pas la lâcher. Eux aussi traversent le gué transformé en rivière et se retrouvent hébétés dans une jeep. Philippe est tiraillé entre le besoin de partir à notre recherche et l’angoisse de laisser sa fille seule….Les Sri Lankais lui conseillent de partir vers Tissa….

 

 

Plusieurs fois, Philippe ou moi retournons à l’hôpital voir Denis et Vincent. Nous admirons leur calme, leur attitude courageuse. Je croise des gens qui étaient ce matin avec moi, j’apprends qu’un tel a retrouvé sa femme ou son fils, qu’une telle a perdu son mari, son frère…Toujours et partout le monde, le bruit et la peur figée dans les regards.

 

 

 

Dix-huit heures


Nous nous installons au Regina’s guest house où sont descendus nos deux françaises ainsi que Birgitta et Akie.  Chacun, chacune raconte, se raconte, son métier, ses voyages. Nous buvons de  la bière, nous rions… des Sri lankais se joignent à nous, le soleil se cache dans les fourrés, les moustiques sortent de leur cachette. Je suis saoule, épuisée, une douce ivresse m’envahit, délicieuse sensation que plus rien ne pourra m’arriver. J’ai échappé au pire, je sens la vie couler en moi. Kuma nous retrouve, il a appelé son patron, demain matin, un mini-bus vient nous chercher pour nous ramener à Colombo. Nous sommes portés par un grand élan de solidarité et d’entraide. Moment magique. L’air est doux, les derniers rayons lèchent un ciel orangé, nous sommes en vie !

 

 

Lundi 27 décembre

 

Les petits ont bien dormi, les grands pas du tout. Léo a  une sinusite carabinée et une vilaine toux, Philippe est cassé quant à moi, j’ai les yeux comme des œufs d’autruche. Toutes les douleurs se réveillent au seuil de la nuit, chacun de nous se repasse le film de cette matinée horrible. Toute la nuit, je suis à l’affût du moindre bruit…J’entends la mer revenir ! Nous sommes tous les trois encore et toujours sous le choc.

Vers onze heures, Kuma débarque avec le mini-bus. Philippe a l’idée géniale de convaincre Denis et Vincent de remonter sur Colombo. Leurs blessures ne sont pas belles à voir. Les plaies s’infectent, les soins sont donnés dans l’urgence et avec peu de moyens. La pharmacie de ce petit hôpital a vite été dévalisée face à l’afflux incessant des blessés. Les corps des victimes sont posés à même le sol, recouverts d’un mince linceul blanc. Pendant sept heures, notre « convoi sanitaire » roule sur des routes défoncées, il fait chaud, l’air conditionné est en marche mais le chauffeur laisse la fenêtre ouverte car il trouve que ça sent mauvais dans la voiture…Nous déposons Denis et Vincent au General Hospital de Colombo et filons à l’ambassade de France. Nous sommes accueillis par une infirmière, Mary, Canadienne mariée à un Français. Très vite le courant passe, de bonnes ondes, une vague…de sympathie. Elle propose de nous accueillir chez elle. Elle a trois enfants, deux sont de l’âge de Lise et Thomas. Le cauchemar s’estompe grâce à la gentillesse, l’accueil et la prévenance de Mary et Bruno. Nous passons deux jours chez eux, nourris, logés, réconfortés. La vie s’organise comme si nous étions des amis de longue date. Les conversations sont sincères, les enfants s’amusent, Léo accompagne Philippe dans toutes les démarches auprès de l’ambassade. Je reste chez eux, encore sonnée, j’écris, je papote avec Mary, la vraie vie ! Nous passons régulièrement au chevet de Denis et Vincent. Marie les aide aussi beaucoup. Ils tiennent le coup mais Denis perd l’espoir de retrouver sa femme et ses deux  enfants vivants, quant à Vincent, le corps de son amie doit être à nouveau être identifié car l’hôpital de Tissa a égaré le dossier….

 

 

Mardi 28 et mercredi 29 décembre

 

Difficile pour nous de rentrer sur Singapour car l’ambassade délivre des laisser-passer pour la France, or il est impossible de rentrer dans un pays étranger sans passeport….Tout s’arrange, merci à l’ambassade de France de Singapour. Un formidable réseau d’aide s’est mis en place entre Lille, Singapour, Paris et même l’Egypte…Dans l’après-midi, Philippe et Léo continuent leurs aller et venues entre les compagnies aériennes, l’ambassade…Léo reprend un vol dans l’après-midi pour Paris, Justine et ses copains l’attendent à l’aéroport, nous reprenons l’avion à une heure trente du matin pour rentrer chez nous. Nous partons saluer Denis qui attend la visite de son frère et Vincent, celle de son père. En quittant Mary, Bruno et leurs enfants nous nous promettons de tous nous revoir cet été avec Denis et Vincent. Je sais que cela se fera.

 

 

Jeudi 30 décembre

 

Arrivés à  sept heures du matin, nous sommes accueillis par une foule de messages sur le répondeur, ou Internet sans parler des copains qui passent nous voir…A ce jour, je ne sais pas ce que je garderai de cette aventure ?

En sortant le T-shirt que je portais le vingt-six, un peu de sable a coulé comme d’une blessure. Nous aurions pu mourir, nous sommes vivants. Beaucoup d’autres n’ont pas eu cette chance ces quelques grains sont là pour nous le rappeler. Sablier arrêté sur l’horreur d’une matinée de décembre à Yala, côte sud-est de Sri Lanka,  mille cinq cents kilomètres de Sumatra.


Par Bérangère - Publié dans : Tsunami
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Jeudi 5 janvier 2006

Sri Lanka

Sept semaines plus tard… 

Mercredi 9 février 

 Colombo. L’aéroport est plutôt désert, quelques tour-opérateurs brandissent des pancartes pour de rares clients. Parmi les visages sombres, le sourire éclatant de Gamage qui avait organisé notre voyage en décembre. Nous passons la soirée chez Mary et Bruno.

Jeudi 10 février

 Kuma, notre chauffeur de décembre, n’est pas disponible, c’est Sarath qui le remplace.  Nous voulons tracer la route pour arriver à Yala avant la nuit mais revoyons nos prévisions à la baisse tant le spectacle est saisissant et la conduite de Sarath prudente. Très vite après avoir quitté Colombo, la vague est présente, des maisons effondrées, des échoppes détruites, quelques tentes dressées à la hâte. C’est à Telwatte que nous comprenons l’ampleur de la catastrophe. Le train emporté par la vague, relayé par tous les médias du monde, est là sous nos yeux.  Il a été remis sur ses rails mais l’état des wagons ne laisse aucun doute sur la violence du choc. Quand la vague a frappé, le train était en station et beaucoup ont cru être en sécurité en montant à bord. La plus grande catastrophe ferroviaire de tous les temps due à un raz-de-marée…

Vendredi 11 février

 C’est à la fraîche (!) que nous prenons la route et  une claque magistrale. Galle est à terre, cassée, assommée. Le port n’est qu’un immense cimetière de carcasses éventrées, un empilement de coques.  Sur le bord de la route, un vieux monsieur en sarong, le sourire affable et le regard chaleureux. Ce matin là, comme tous les matins, il sirote son thé et devise sur l’emploi du temps de la journée. Son fils aîné arrive en courant, il se passe quelque chose de bizarre, la mer s’est retirée très loin et à l’horizon, une vague, un tourbillon. Ils traversent la route qui les sépare du port, l’eau a déjà déménagé quelques bateaux, la porte du hangar explose dans un fracas d’enfer. Notre homme prend ses jambes à son cou mais conscient qu’il ne pourra pas aller très loin, grimpe en haut d’un palmier. C’est de là-haut qu’il verra le carnage, ses voisins se noyer, l’eau envahir sa maison et emporter celle de ses fils miraculeusement épargnés. Aujourd’hui, il retape, reconstruit. Dans quelques jours, il reprendra son activité, il est officier d’Etat civil à l’enregistrement des mariages. A notre tour, nous lui racontons Yala, nous nous quittons complices et amis. Une amitié d’eau et de larmes, née dans le chaos et nourrie d’humanité.  Elle sera le ciment de toutes nos journées.

                             

                                                                      

Si à Galle nous avons pris une claque à Hambantota, nous encaissons une déflagration. La configuration de ce petit village de pêcheurs, fait qu’il ne reste rien, moins que rien si cela est humainement possible. De tous les endroits où nous nous arrêterons, c’est ici que la tragédie est la plus palpable. Elle s’inscrit avec force dans le paysage ravagé, des amoncellements de débris, des murs, des bouts de tissus, des tessons de bouteilles, des barques arrachées à la mer, venues s’échouer à cinq cents mètres du rivage. Le triste alignement parallèle des tentes d’un camp de réfugiés, des hommes aux regards hagards, des enfants qui  ne jouent pas, des femmes muettes, des chiens errants qui se disputent des bouts de plastique. Il est impossible de marcher sans vaciller, la chaleur de plomb accentue le malaise. Hambantota était pauvre, survivait grâce à la pêche. Les bateaux brisés, les filets emportés, la misère s’est installée et la mort n’en finit pas de roder.

Au fur et à mesure que nous approchons de Tissa, la sueur envahit nos paumes et, l’angoisse,  nos estomacs…Tissa, 23 KM. Je ne le dis pas à Philippe mais je ne me sens pas très à l’aise. « C’est bon, là, nous pouvons peut-être rentrer, nous reviendrons une autre fois »…Une boule  se pelotonne dans ma gorge, un fil d’angoisse, un fil d’inquiétude, un tricot d’émotions qui me donne chaud.

                           

                                             

Tissa, Debarawewa road, Regina’s Guest house, le portail est ouvert, à gauche, les chambres, en face le jardin, à droite la maison. Rien n’a changé, de la maison surgit en courant, Indu, la gérante. Elle nous accueille sans chichi, ni tralala comme si nous rentrions d’excursion. Peut-être ne nous reconnaît-elle pas ? Bien sur qu’elle se souvient de nous, elle savait que nous allions revenir puisque nous le lui avions dit, délicieuse simplicité des gens de cœur ! 

 Il est seize heures, nous partons pour Yala ! J’ai l’impression de remonter le temps avec une précision de géomètre. Je retrouve les couleurs, les palmiers, les rizières et les oiseaux qui s’envolent à tire d’aile. Yala Safari Game Lodge, 14 km. La boule s’est transformée en sphère, j’ai le monde dans la gorge. La petite route zigzague dans la mangrove, des buffles groupés en troupeaux  s’offrent des bains voluptueux, des singes courent de tous les côtés, ambiance tranquille d’une fin d’après-midi paisible.

Quand nous approchons de la petite rivière qui sépare l’hôtel du Parc, je me dis  que je fais peut-être une connerie « et si comme cela sans prévenir, sept semaines plus tard, il y avait une réplique ». Dans quelques minutes, nous serons face à l’hôtel. Nous marchons silencieusement, nos pas s’enfoncent dans le sable, aux alentours, des débris, des vêtements accrochés aux arbres, un avant-goût connu ! Enfin, au bout du chemin, l’hôtel.

                                                                            

Seuls mes os tiennent ma carcasse, à l’intérieur c’est la chute libre.  Impossible de parler, un tremblement d’être. Nous restons quelques secondes cloués sur place. Nous ne savons pas où aller. Partout des murs renversés, des tuyaux coupés net, des lavabos retournés, des morceaux de verres, des carrelages arrachés, des fauteuils éventrés, des couvre-lits et des serviettes en lambeaux, des chaussures seules, des oreillers étripés, des carnets de commandes gonflés d’eau salée, des services de table en miettes… Plus qu’un champ de ruines, un champ de bataille, une armée de fous qui se serait acharnée sur la vie, avec pour mission de ne rien laisser debout ! Sur un monticule de briques, une couronne de fleurs séchées, à l’endroit où un corps a été retrouvé. Nous nous séparons, chacun de notre côté, nous rembobinons le fil de l’horreur. Dans ce qui devait être des bureaux, un homme s'active à récupérer trois planches pourries…Il semble gêné de me voir, je lui souris, il reprend sa fouille.  Philippe marche les mains sur les hanches, il s’arrête, traque, repart. Je m’aventure vers un bosquet d’arbres déracinés, le vent souffle et j’entends mon nom chanté dans les branches, j’ai peur. Je regarde vers l’océan, les vagues s’écrasent dans un feu d’artifice d’écume blanche. Approcher et regarder la mer, au-dessus de mes forces, le bruit secoue ma mémoire. Je pars chercher courage près de Philippe. Sarath vient nous chercher, le soleil est déjà très bas et la nuit va bientôt envelopper la plage et les ruines. Dans la journée, Yala reste « vivable », dans l’obscurité elle doit prendre des allures de spectre. Avant de partir, nous allumons des bougies, posées sur  trois briques, un autel d’infortune.  Sur la route qui nous ramène à Tissa, un soleil ventru glisse sur le dos d’un éléphanteau…

Samedi 12 février

 Sept heures du matin, nous sommes de retour à Yala. Cette fois, nous nous aventurons dans les terres là où la vague nous a poussés. Des centaines d’arbres sont couchés, déracinés. Ceux qui sont restés d'aplomb disparaissent jusqu’à moitié sous un capharnaüm de branches, de débris, d’objets hétéroclites…pare-chocs de voitures, pommeaux de douche, chaussures en cuir rongées par le sel, rames et coques de bateaux. Philippe, après une recherche méticuleuse, retrouve l’arbre sur lequel il est resté perché avec Lise et un Sri Lankais.  Pour être certain que ce soit bien « son » arbre, il grimpe sur la première branche puis une autre. De là-haut, il embrasse un morceau de son passé, une heure et demie à regarder la mer ! Je serais bien incapable de retrouver le « mien » d’arbre. Et me reviennent les images de Léo, son regard paniqué, et Thomas posé sur des branches.  Vers dix heures trente, le soleil brûlant nous pousse à partir. Nous sommes écrasés de tristesse et de chaleur.

 Indu nous attend à la guest-house, nous lui avons demandé de retrouver, la veuve de Samanh, le chauffeur de la jeep du Parc de Yala, mort le 26 décembre. Nous ignorons comment notre visite va être perçue. Allons-nous nous faire jeter ou allons-nous être reçus comme des « touristes  humanitaires » ? Nous avons décidé de lui remettre une somme  substantielle. Payer la course que son mari n’a pas eu le temps d’encaisser, y ajouter l’argent que des amis nous ont donné et arrondir la somme.  Nous roulons sur  des petits chemins perdus entre ciel et rizières, la poussière retombe sur les feuilles de bananiers, il fait très chaud. Indu pilote, Sarath ne bronche pas ! La maison de Samanh est petite, quatre murs blancs et un toit de tuiles rouges, un petit jardin potager et des hommes qui s’affairent à creuser. Il y a beaucoup de monde mais, Dayani, la femme de Samanh n’est pas encore rentrée du marché. Nous discutons avec les belles-sœurs, les beaux-frères, la mère, les voisins, nous sommes présentés aux deux fils aînés, de toute évidence, le téléphone sri lankais a bien fonctionné, nous étions attendus. Arrive une toute jeune femme accompagnée d’un petit garçon en uniforme blanc, Indu fait les présentations. Nous sommes invités à entrer dans la maison. Une pièce propre mais sombre avec un lit, un buffet et au mur, entre un calendrier et un puzzle collé, un  Bouddha auréolé d’une guirlande dorée.

 Toute la famille, les voisins ont suivi. L’air devient vite irrespirable mélange de curiosité et de sueur. Je me lance et explique à Dayani, en Anglais, l’objet de notre visite, Indu traduit, irremplaçable Indu ! Dans la pénombre surchauffée quinze paires d’yeux brûlent d’impatience, Philippe dégouline, je ne suis pas mieux…Il se lève et remet à Dayani, une grosse liasse de billets roulés, elle la prend. Depuis que nous sommes ensemble, elle n’a pas ouvert la bouche, seuls deux yeux noirs sont pointés vers nous, je me sens presque défaillir. Sa mère nous propose du thé, nous sortons. Quatre chaises sont installées sur ce qui sera l’extension de la maison. Samanh avait commencé, ses frères ont pris le relais. Il voulait agrandir car Dayani attend un enfant…

Assis sur les genous de sa mère,  le petit Dilip me dévisage avec des yeux comme des billes, Dayani se mord les lèvres, elle n’a de cesse de triturer la liasse de billets. Aucun son, aucun mot ne sort, elle nous fixe, c’est tout. Bientôt une heure que nous sommes là. J’attends avec impatience le moment de quitter cet endroit, trop de silences, trop de souffrances. Nous nous levons, nous distribuons quelques poignées de mains et timidement, je m’avance vers Dayani.

Contre toute attente, elle tombe dans mes  bras. Ses larmes coulent dans mon cou, elle est plus petite que moi et je pose ma tête sur la sienne. J’ai contre moi, une femme en sanglots, ses cheveux sentent l’huile de coco. Je ferme les yeux et je respire fort. Nous partons, Dayani est happée par la famille et les amis. Le retour sur Tissa est muet.

En fin d'après-midi, nous allons à l'hôpital remettre le matériel apporté de Singapour. A peine franchi le seuil, le bruit, les pleurs, les odeurs, les cris, les gémissements  me reviennent en mémoire. Le visage de Setsuko, la Japonaise, me hante, je revois les visages de tous ces hommes, ces femmes qui cherchent  un fils,  une fille, un mari, un ami…Nous rejoignons le bâtiment 6, celui  où j’ai retrouvé Philippe et Lise après les quatre heures les plus cruelles de ma vie. Les patients nous regardent médusés, les sourires sont timides jamais figés. Nous entrons. Tout de suite, je reconnais l’infirmière. Elle me répond poliment mais beaucoup d'étrangers sont passés le jour et les semaines qui ont suivi le tsunami et puis m’avoue-t-elle avec un petit air gêné  « vous vous ressemblez tous » ! Subitement la mémoire et le sourire lui reviennent. Elle appelle ses collègues et en quelques secondes, nous sommes encerclés. Les infirmières, les secrétaires, les aides-soignantes, les brancardiers, chacun y  va de son commentaire, une cacophonie bruissante de vie dans un lieu si peu habitué.

Le docteur arrive, les blouses se réajustent, les coiffes sont replacées d’un geste discret. Docteur Pushpa.  Il a le physique de l’emploi, comprendre, une bonne tête de médecin de campagne. Mais il est plus qu’un gentil toubib replet à en en juger par la déférence du staff. Il parle posément, calmement. Il ne sait comment nous remercier. Arrive l’heure de la distribution, jamais de notre vie nous aurions cru que la vue de sparadraps, de gazes et de seringues stériles pouvait déclencher tant de joie ! Les infirmières exultent, les aides-soignantes jubilent, le petit monde de l’hôpital est aux anges pour un peu on entendrait chanter nos louanges ! Nous rappelons que nous ne sommes que les porteurs de toutes ces richesses,  peu importe, nous sommes fêtés avec les honneurs dus à notre rang de sherpas français! Là encore échange d’adresses et des mercis qui tombent comme une pluie de mousson, chaude, humide, bienfaitrice.

 Dimanche 13 et lundi 14 février

Nous reprenons la route côtière pour remonter vers Colombo, long ruban de goudron balayé et arraché par la mer. Partout des chantiers, des piles de tuiles, de sourires et de parpaings, des reconstructions rapides, d’autres plus lentes.  Des puits creusés, des fosses comblées et des autels de fortune.

 

Par Bérangère - Publié dans : Tsunami
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Mercredi 4 janvier 2006

                 

 

- Moi pouvoir prendre vous photo ? Souvenir  album....

- Tu as vu comment il est attifé, mais regarde sa casquette et son short  !

- Vous très très belles....

- C'est ça maintenant il nous fait du gringue !

- Vous donner adresse à moi et moi envoyer photo à vous....

- Eh il est pas si bête, il sait écrire...

- Encore One photo, regardez the little bird !

- Ah non pas le petit oiseau !

 

Photographe: Pisit Senanunsakul  (Thailande)

Par Bérangère - Publié dans : Portraits
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Mardi 3 janvier 2006

Un bon livre c'est comme une recette, on a toujours envie de  partager donc Voila ! Philippe Besson est un jeune auteur prolifique  déjà récompensé par de nombreux prix, ses deux premiers romans sont extraordinaires...

"En l’absence des hommes"  Philippe Besson

 En 1916, Vincent est loin du front, coulant des jours oisifs dans un environnement bourgeois. La guerre il en ignore tout ou presque, c’est par Arthur, le fils de sa domestique, qu’il va découvrir l’horreur des tranchées de la « Grande Guerre ». Il va découvrir la guerre mais aussi l’amour dans les bras du jeune soldat. En même temps, que s’ébauche la passion entre Arthur et Vincent, ce dernier va nouer une relation épistolaire avec Marcel P., un homme plus âgé qui sera à la fois son mentor et son confident. Ecrivain célèbre et reconnu, Marcel est fasciné par l’assurance du bel adolescent, il saura l’écouter et le guider avec une élégance toute empreinte de désir. Le désir voilà le maître mot du roman. Vincent désire le corps d’un autre qui lui ressemble. Sans jamais tomber dans le graveleux ou le voyeurisme, Besson explore les chemins de l’homosexualité avec sobriété. Certains passages sont sublimes, tout en retenu et en réserve. Vincent découvre l’amour et bientôt sa disparition. Il n’est plus le jeune adolescent insolent mais un homme en souffrance. C’est un roman tendre, violent baigné de caresses, de regards et de silences. Un roman à fleur de peau sur fond de secret, révélé à la fin du récit par la mère d’Arthur.

"Les jours fragiles"   coup de coeur Philippe Besson

Sensible, pudique, bigote et pucelle, Isabelle Rimbaud a toujours vécu dans l’ombre, celle de la grande demeure familiale sous la férule d’une mère au cœur sec et celle d’Arthur, son frère aîné surdoué, scandaleux, homosexuel. Après avoir passé dix ans en Abyssinie, Arthur rentre au pays, il est malade, affaibli et plus insupportable que jamais. Pourtant Isabelle va s’occuper de ce frère encombrant, capricieux, elle va le subir par amour, accepter sa souffrance et sa déchéance. Philippe Besson lui donne la parole par le biais d’un journal intime. Isabelle a existé, son journal, non. Et pourtant dès les premières lignes, le lecteur entre dans l’univers d’Isabelle, il la devine, simple et bonne fille, habituée aux sacrifices, courageuse mais pusillanime. Elle ne parle pas du poète mais de l’homme, l’homme de sa vie. Elle va l’accompagner disponible et muette, dévouée et aimante. L’écriture est riche, odorante, fluide, elle coule dans le regard, les mots d’Isabelle sont à son image, généreux et ronds. C’est magnifiquement écrit. Si Arthur et Isabelle sont frères de lait, Arthur Rimbaud et Philippe Besson sont frères d’étoiles, repus de poésie.      

 Dernière minute : Claude Berri aurait acheté les droits d’auteur des jours fragiles et Guillaume et Julie Depardieu seraient pressentis pour jouer Arthur et Isabelle. Une fratrie de choc pour un couple peu ordinaire, une belle promesse cinématographique. 

Autres romans de Philippe Besson : Son frère ( ++ ) . L’arrière saison. Un garçon d’Italie. Un instant d'abandon. 

Par Bérangère - Publié dans : Ici et maintenant
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