Sri Lanka.
Yala, National Parc sur la côte sud-est.
Dimanche 26 décembre
Six heures
Nous quittons l’hôtel très tôt pour assister au lever du soleil sur le parc national de Yala, les couleurs sont magnifiques, nous saisissons
quelques animaux à leur réveil, buffles, crocodiles, éléphants et mangoustes….Tout est paisible, au loin le ressac de la mer, une mer bleue et
superbement calme…Pendant trois heures nous sillonnons les pistes en jeep. Assise en face de moi, Lise est belle, sa peau dorée, ses yeux noirs, elle rit, elle sourit, j’ai cette pensée folle, si
elle doit mourir demain c’est l’image que je veux garder d’elle.
Neuf heures dix
Nous reprenons le chemin de l’hôtel, construit face à la mer…. Nous traversons une petite rivière. Le temps est superbe et nous projetons une
matinée plage avant de reprendre la route pour Mirissa. Arrivés à la réception, nous croisons Kuma, rendez-vous est pris vers onze heures pour la suite du voyage. Il y a beaucoup d’animation,
entre les clients qui rentrent, ceux qui partent et le va-et-vient du petit-déjeuner. Philippe paie le conducteur de la jeep, les enfants jouent à quelques mètres, Léo est en face de moi.
Nous nous apprêtons à regagner nos chambres. Un bruit sourd, puissant couvre la voix de Léo, « c’est quoi ça ? ». Une eau brunâtre et mousseuse arrive rapidement jusqu’au lobby,
tout le monde se regarde, incrédule, personne ne comprend, pourquoi la mer monte-t-elle jusqu’ici ? Un Sri lankais crie « Run, run ». « What’s going on ? ».
J’attrape la main de Thomas mais il ne court pas assez vite, je le porte mais il est lourd et nous ralentit, Léo le prend…Lise est dans les bras d’un Sri lankais, il tombe, Philippe qui nous a
rejoints, la récupère….Nous courrons, vite de plus en plus vite, la vague nous rattrape. Je balance mes chaussures, mon sac à dos, tout ce qui entrave ma course, je vois toujours Léo et Thomas,
j’ai perdu Philippe et Lise. Je n’ai qu’une idée, courir, courir. Je suis soulevée de terre avec une violence incroyable, la vague s’est transformée
en raz-de-marée. Je ne contrôle plus rien, je suis emportée et ballottée comme un fétu de paille. Tout est gris, sombre, le bruit est terrible. Je ne peux pas nager, le courant est trop violent. Je suis projetée sur un gros tronc d’arbre, mon pantalon s’accroche aux branches, je suis maintenue vers le fond, le niveau
monte, j’ai la tête sous l’eau. J’essaie de retenir ma respiration mais j’avale de l’eau de mer mélangée à des feuilles, du sable, de la boue, je refais surface. Le paysage défile à toute vitesse, à chaque seconde, je frappe une branche, un arbre. Je suis charriée par le courant. Mes forces s’épuisent, je ne vois plus
rien, je ne sens plus rien. Une nouvelle vague m’immerge, à quoi bon résister, ça y est, c’est la fin. Je suis épuisée, j’entrevois la mort. Une fois
encore, je parviens à me dégager, à deux ou trois mètres, un arbre droit, solide…dans un effort surhumain, je l’enlace mais je n’ai pas de prise pour les pieds, le courant est trop fort, J’ai
peur, je me demande si je ne vais pas y rester…mourir là noyée, ensevelie, je m’agrippe et trouve un point d’appui. Je réussis à monter sur la plus grosse branche. Je reprends mes esprits, mon souffle, je regarde autour de moi. Léo est à proximité, lui aussi
perché sur un arbre. Nous crions, nous nous faisons signe, nous sommes au milieu de l’enfer, du chaos. Thomas ne doit pas être loin, j’entends ses
cris. Le bruit cesse, l’eau ne monte plus, pendant un bon moment, nous restons à moitié immergés, ne sachant que faire, descendre, rester en « sécurité » sur notre arbre ? La mer
se retire doucement, une immense baignoire qui se vide. Vision d’apocalypse, des corps allongés en sang, des femmes en pleurs, des enfants effrayés, un homme, le corps couvert de blessures sort
d’un buisson d’épineux, il est Français, nous serons amenés à nous revoir. Léo me rejoint, nous nous embrassons, nous ne comprenons rien à ce qui vient de se passer. Je récupère Thomas,
emberlificoté dans des branches « t’as vu maman j’ai toujours mes chaussettes mais elles sont mouillées ! ». Petit amour !. Je ne
pleure pas, je suis dans une contrée inexplorée de ma vie, l’instinct de survie a pris le dessus. Je me convaincs que Philippe ne doit pas être loin. Des hommes « secs » accourent, il
faut les suivre, des secours et des jeeps nous attendent à une centaine de mètres, juste après la rivière. « Get down now and run, run ! ». Contrordre, une deuxième vague va arriver, vite regrimper le plus haut possible, Léo s’écroule sur le sol, épuisé, Thomas commence à avoir peur, peur que
recommence l’horreur. J’aide une Sri lankaise et ses deux fils à grimper sur un arbre, elle est effondrée, crache, j’ai peur qu’elle perde connaissance. L’idée d’une deuxième vague me terrifie,
la première m’a prise par surprise, je n’ai eu qu’à me laisser porter…maintenant je sais….Je sais que si la deuxième vague est aussi violente, elle nous emportera tous.
Les hommes « secs » reviennent, nous avons le temps de descendre et de courir jusqu’à la rivière. Léo appelle son père, sa sœur, il hurle. Pendant vingt minutes, une demi-heure ?
Il a maintenu son petit frère la tête hors de l’eau, lui sauvant la vie. Nous courrons vers la rivière, une quinzaine de mètres à traverser, le
courant est puissant, nous formons une chaîne, nous nous tenons tous la main, des Sri lankais aident les plus faibles, je regarde avec angoisse vers la mer, si la vague revient…..Je ne sais plus
qui je suis, où je suis, j’avance tête baissée, la petite main de Thomas dans la mienne. Nous arrivons sur la terre ferme, Léo est loin derrière, je monte dans la jeep, le conducteur démarre, je
gueule, « my son, Wait for my son ! », je suis hystérique…Léo court comme un dératé, il s’engouffre à l’arrière du véhicule et nous démarrons en trombe. Le chauffeur conduit à
tombeaux ouverts, la campagne est belle, verte, les rizières, les palmiers, je vais me réveiller….Ma voisine s’évanouit, un gamin vomit…je serre Thomas contre moi, « c’est fini hein
Maman ? » « Oui, mon chéri, c’est fini » et dans ma tête, l’image de Lise, celle de ce matin avant toute cette merde. Doucement,
je sens en moi germer la petite idée qu’elle pourrait avoir été emportée. Je ne pleure pas, mes larmes restent sèches.
Onze heures dix
Nous arrivons au petit village de Tissa. La rue principale est bondée de monde, des curieux, des badauds qui viennent aux nouvelles. Nous
sommes amenés dans un hôpital de campagne, très vite, le staff est débordé, médecins, infirmières sont assaillis et sollicités de toute part. Ni Léo, ni Thomas, ni moi ne sommes franchement
blessés, des bleus, des vilaines coupures tout au plus, nous partons. Au milieu de la foule, nous sommes approchés par deux jeunes touristes françaises, elles ne comprennent pas ce qui se passe,
ce qu’il s’est passé….On raconte…. Un Sri lankais nous offre l’hospitalité, sa maison est à deux pas. Nous acceptons et débarquons, pauvres gueux dépenaillés, chez des gens adorables. La femme nous apporte du thé, des biscuits, des vêtements. Et toujours dans ma tête l’image
de Lise, cela tourne à l’obsession. Léo aussi est inquiet, où sont sa sœur et son père? Nous n’osons pas nous l’avouer mais nous sommes morts de
trouille. Je retourne à l’hôpital, des jeeps et des mini bus continuent d’arriver de Yala. Je fais tous les bâtiments, huit maisonnettes insalubres, je retrouve Denis, le Français, il est très
mal en point, en face de lui, Vincent, un Belge, fracture ouverte du bras, ils sont soignés avec les moyens du bord..…Les blessés s’entassent, deux par lit ou trois si ce sont des enfants. Le sol
poisseux est maculé de sang frais, partout des pleurs, des cris, des gémissements. Toujours pas de traces de Philippe ni de Lise. Je suis ailleurs, je ne touche toujours pas terre. Sur un lit,
une femme, ramassée comme un fœtus, son corps n’est qu’hématomes, coupures et blessures, je lui parle, elle a le visage tuméfié, la bouche, les yeux ont doublé de volume, elle est sous perfusion,
elle s’appelle Setsuko, elle est Japonaise. Elle fait partie d’un groupe de dix-sept, seuls cinq ont été retrouvés et entre chaque phrase, ce mot qui revient « tsunami,
tsunami ! ». Je lui caresse les cheveux, je ne peux rien faire d’autre. Je retourne voir Léo et Thomas. Je suis comme un lion en cage, je vais, je viens, impossible de me poser. On m’offre une cigarette, la tête me tourne, je ne sais pas ce que je dois faire, je voudrais remuer le ciel, la terre et la mer pour
retrouver mon mari et ma fille.
Treize heures
Cela fait maintenant quatre heures que nous sommes sans nouvelles de Philippe et Lise. L’image de Lise repasse inlassablement devant mes yeux.
Je l’imagine, petit corps flottant et dérivant au fil de l’eau. La mort va me jouer un mauvais tour pour avoir eu ce matin cette folle pensée... Je suis inquiète mais persuadée que Philippe s’en
est sorti puisque, moi, j’ai survécu. La femme qui nous accueille arrive en courant, « your daughter, your daughter, she looks like
him ??? » elle montre Thomas du doigt. Je la suis, je cours, je vole, en dix minutes, je fouille l’hôpital de fond en comble, rien, personne, enfin je les aperçois, sains et saufs.
Dans la salle, entre les blessés, les mourants, les criants, on s’étreint, on pleure. Nous rentrons « chez nous ». Léo et Philippe
s’embrassent dans les larmes, Thomas et Lise font de même, nous avons été sauvés par la main de Dieu . Je suis en sécurité, je peux m’effondrer. Alertés par nos deux jeunes touristes françaises,
un couple de suédois nous propose leur aide. Birgitta et Aki sont extraordinaires Elle s’occupe de moi, me prend dans ses bras, me console, me donne
à boire, me lave le visage, « Cry, cry, let it go ! » Léo est encore très sonné mais il a retrouvé son père, sa sœur. Dans ma bouche
toujours ce goût dégueulasse de vase, de boue, d’eau de mer…dès que je ferme les yeux, le cauchemar, la vague, les branches, la douleur…. Aki et Philippe échangent les cartes SIM des téléphones portables. Le nôtre est foutu. Il est environ quinze heures, nous avons déjà reçu des messages de Singapour. En France,
il est encore tôt mais Léo appelle Justine, il lui raconte l’horreur, dans ses yeux, de grosses larmes. Les informations arrivent de gauche à droite, par nos amis de Singapour, par les Sri
lankais, un tremblement de terre dans la région de Sumatra serait à l’origine du raz-de-marée, au moins neuf sur l’échelle de Richter….Alors que nous racontons pour l’énième fois notre aventure,
nous voyons arriver Kuma. Dieu merci lui aussi et sain et sauf. Nos deux jeunes françaises prennent Lise et Thomas en charge. Elles sont à l’écoute,
leur posent des questions, ils racontent, évacuent un peu la peur. Elles déploient des trésors d’imagination pour les faire rire. Dans un état de
semi-inconscience, je les entends. Je réalise par leur récit ce que nous venons de vivre. Léo dort dans une des chambres, en parlant à Justine, lui aussi s’est un peu libéré. Philippe commence à
prendre les choses en mains, il assure toujours dans les situations de crise. Birgitta m’informe qu’elle nous a trouvé une chambre pour la nuit. Nos jeunes françaises sont allées acheter des
vêtements. Nous retournons à l’hôpital voir Denis et Vincent, au bout du lit de Denis, un Japonais couvert de sang. Denis est toujours sans nouvelle
de sa femme et de ses deux enfants, le corps de l’amie de Vincent, vient d’être retrouvé, elle est morte….Vincent doit identifier la
dépouille…
De toute cette aventure, nous avons sauvé quelques milliers de roupies miraculeusement restées
dans la poche de Philippe, pour le reste, passeports, billets d’avion, valises, tout absolument tout a été emporté par la vague, les vagues…. Philippe me confirme qu’il y en a bien eu deux. Ils
sont tirés sur plusieurs centaines de mètres mais il réussit à se hisser sur un arbre, il a peur que la violence des flots l’arrache. Ils se retrouvent coincés sous une masse énorme de débris, l’hôtel s’est écroulé comme un château de cartes. Il se libère et retrouve un arbre, plus grand, tous ces mouvements et
gestes sont difficiles car il tient Lise serrée contre lui. Il me dit l’angoisse puissante, envahissante, de ne pas pouvoir sauver Lise, de la perdre, de la voir disparaître, emportée par la force du courant…. Cet arbre semble plus solide mais résistera-t-il à l’assaut d’une deuxième vague ? Philippe la voit arriver. Les décombres de l’hôtel flottent à la surface. Il craint que les murs, les
chaises, le poids des débris accumulés ne l’emportent lui aussi. La mer se calme et le silence tombe, pas d’oiseaux dans le ciel, pas de cris, qu’un paysage immobile, lourd et pesant. Il crie nos noms. Léo, Thomas et moi avons été entraînés par la première vague sur environ un kilomètre.
Nous ne comprenions rien à ce qui se passait. Philippe perché à six mètres a vu l’horreur arriver, partir, revenir, impuissant et terrorisé.
Comme nous, ils sont brutalement emportés. Philippe lutte pour garder la tête hors de l’eau, il lit la peur et l’incompréhension dans les yeux de Lise, elle panique, elle crie. Une seule chose
l’obsède arriver à la tenir jusqu’au bout. Une image traverse son esprit, une rencontre dix ans plus tôt où un père entraîné par un torrent de montagne n’a pas pu tenir sa fille tant le courant
était violent…. Très vite, ils sont bloqués par un arbre, ils essaient de grimper mais la vague le couche. Ils se retrouvent tous les deux coincés sous l’eau. Ils parviennent à se dégager.
Pourquoi, comment ? Lise s’est calmée, elle est agrippée à son père, il l’encourage. Le courant les entraîne vers un arbre, ils s’y accrochent, celui-là a l’air plus solide. Un Sri Lankais
est déjà là, accroché aux branches, il aide Lise à monter, il se cale et la prend sur ses genoux. Philippe récupère un peu. L’hôtel s’est écroulé comme un château de cartes, les débris
s’accumulent au pied de l’arbre, Philippe craint que les murs, les chaises, le poids des débris n’emportent son refuge. Le calme revient, partout de l’eau…de l’eau à perte de vue. Il voit arriver
la deuxième vague, il prépare Lise, l’arbre ne tiendra peut-être pas…Il va falloir se rejeter dans le courant, être courageuse, bien le tenir…mais la deuxième vague est moins puissante que la
première. Des craquements sinistres mais l’arbre tient…
La mer s’apaise et le silence tombe, pas d’oiseaux dans le ciel, pas de cris, qu’un paysage immobile, lourd et pesant. Il crie nos
noms. Une armée de fourmis attaque, cela fait diversion, Lise les chasse. Sur une autre branche, un chat terrorisé, le poil hérissé…Au loin, Philippe
aperçoit deux Sri Lankais tirant le corps d’un touriste européen, immédiatement il pense à Léo, il sent son cœur se briser. Si Léo est mort, qu’est devenu Thomas ?
Philippe n’a jamais vu la mer se retirer, il n’a aucune idée de la profondeur de l’eau, il ne veut pas quitter son arbre, il a peur et s’y
sent en sécurité. Le Sri Lankais ne parle que quelques mots d’Anglais, il cherche son ami des yeux. Après deux heures d’attente, entre ciel et mer, deux Sri Lankais arrivent avec une grande bouée, ils viennent secourir les enfants, ils aident Lise à
descendre et s’éloignent. Philippe nage pour les rattraper, il ne veut pas la lâcher. Eux aussi traversent le gué transformé en rivière et se retrouvent hébétés dans une jeep. Philippe est
tiraillé entre le besoin de partir à notre recherche et l’angoisse de laisser sa fille seule….Les Sri Lankais lui conseillent de partir vers Tissa….
Plusieurs fois, Philippe ou moi retournons à l’hôpital voir Denis et Vincent. Nous admirons leur calme, leur attitude courageuse. Je croise
des gens qui étaient ce matin avec moi, j’apprends qu’un tel a retrouvé sa femme ou son fils, qu’une telle a perdu son mari, son frère…Toujours et partout le monde, le bruit et la peur figée dans
les regards.
Dix-huit heures
Nous nous installons au Regina’s guest house où sont descendus nos deux françaises ainsi que Birgitta et Akie. Chacun, chacune raconte, se raconte,
son métier, ses voyages. Nous buvons de la bière, nous rions… des Sri lankais se joignent à nous, le soleil se cache dans les fourrés, les moustiques
sortent de leur cachette. Je suis saoule, épuisée, une douce ivresse m’envahit, délicieuse sensation que plus rien ne pourra m’arriver. J’ai échappé au pire, je sens la vie couler en moi. Kuma
nous retrouve, il a appelé son patron, demain matin, un mini-bus vient nous chercher pour nous ramener à Colombo. Nous sommes portés par un grand élan de solidarité et d’entraide. Moment magique.
L’air est doux, les derniers rayons lèchent un ciel orangé, nous sommes en vie !
Lundi 27 décembre
Les petits ont bien dormi, les grands pas du tout. Léo a une sinusite carabinée et une vilaine
toux, Philippe est cassé quant à moi, j’ai les yeux comme des œufs d’autruche. Toutes les douleurs se réveillent au seuil de la nuit, chacun de nous se repasse le film de cette matinée horrible.
Toute la nuit, je suis à l’affût du moindre bruit…J’entends la mer revenir ! Nous sommes tous les trois encore et toujours sous le choc.
Vers onze heures, Kuma débarque avec le mini-bus. Philippe a l’idée géniale de convaincre Denis et Vincent de remonter sur Colombo. Leurs
blessures ne sont pas belles à voir. Les plaies s’infectent, les soins sont donnés dans l’urgence et avec peu de moyens. La pharmacie de ce petit hôpital a vite été dévalisée face à l’afflux
incessant des blessés. Les corps des victimes sont posés à même le sol, recouverts d’un mince linceul blanc. Pendant sept heures, notre « convoi sanitaire » roule sur des routes
défoncées, il fait chaud, l’air conditionné est en marche mais le chauffeur laisse la fenêtre ouverte car il trouve que ça sent mauvais dans la voiture…Nous déposons Denis et Vincent au General
Hospital de Colombo et filons à l’ambassade de France. Nous sommes accueillis par une infirmière, Mary, Canadienne mariée à un Français. Très vite le courant passe, de bonnes ondes, une vague…de
sympathie. Elle propose de nous accueillir chez elle. Elle a trois enfants, deux sont de l’âge de Lise et Thomas. Le cauchemar s’estompe grâce à la gentillesse, l’accueil et la prévenance de Mary
et Bruno. Nous passons deux jours chez eux, nourris, logés, réconfortés. La vie s’organise comme si nous étions des amis de longue date. Les conversations sont sincères, les enfants s’amusent,
Léo accompagne Philippe dans toutes les démarches auprès de l’ambassade. Je reste chez eux, encore sonnée, j’écris, je papote avec Mary, la vraie vie ! Nous passons régulièrement au chevet
de Denis et Vincent. Marie les aide aussi beaucoup. Ils tiennent le coup mais Denis perd l’espoir de retrouver sa femme et ses deux enfants vivants,
quant à Vincent, le corps de son amie doit être à nouveau être identifié car l’hôpital de Tissa a égaré le dossier….
Mardi 28 et mercredi 29 décembre
Difficile pour nous de rentrer sur Singapour car l’ambassade délivre des laisser-passer pour la France, or il est impossible de rentrer dans
un pays étranger sans passeport….Tout s’arrange, merci à l’ambassade de France de Singapour. Un formidable réseau d’aide s’est mis en place entre Lille, Singapour, Paris et même l’Egypte…Dans
l’après-midi, Philippe et Léo continuent leurs aller et venues entre les compagnies aériennes, l’ambassade…Léo reprend un vol dans l’après-midi pour Paris, Justine et ses copains l’attendent à
l’aéroport, nous reprenons l’avion à une heure trente du matin pour rentrer chez nous. Nous partons saluer Denis qui attend la visite de son frère et Vincent, celle de son père. En quittant Mary,
Bruno et leurs enfants nous nous promettons de tous nous revoir cet été avec Denis et Vincent. Je sais que cela se fera.
Jeudi 30 décembre
Arrivés à sept heures du matin, nous sommes accueillis par une foule de messages sur le
répondeur, ou Internet sans parler des copains qui passent nous voir…A ce jour, je ne sais pas ce que je garderai de cette aventure ?
En sortant le T-shirt que je portais le vingt-six, un peu de sable a coulé comme d’une blessure. Nous aurions pu mourir, nous sommes vivants.
Beaucoup d’autres n’ont pas eu cette chance ces quelques grains sont là pour nous le rappeler. Sablier arrêté sur l’horreur d’une matinée de décembre à Yala, côte sud-est de Sri
Lanka, mille cinq cents kilomètres de Sumatra.
Vous en pensez quoi ?