Jeudi 23 avril 2009

L'avion, les vaches,  la vitesse en général, les serpents,  les tremblements de terre m'angoissent. J'ai peur des éléments et des gros bestiaux mais jamais des gens.  Mon amie Annie  n'a peur de rien SAUF des gens. Un regard un peu appuyé, une main dissimulée dans une poche et elle croit qu'on veut l'assassiner. Une vache dans un pré et je fais un détour, un grand, pour l'éviter. La vache évidemment. Faites un effort pour suivre !

21 H 30. Une gare dans la grande banlieue de Bombay. Les quais grouillent de monde, de poussière et de bruits. Une  poignée de types nous tombe dessus. "Taxi, Taxi !" "How much to go to the airport ?" Ils  se rapprochent, nous entourent, ils sentent la sueur, leurs yeux sont rougis par la  fatigue, l'alcool, le paan. Je devine une certaine tension monter chez Annie. On  accepte la course pour 500 roupies. C'est très largement payé mais bon ! Le type nous fait signe de le suivre, on passe à côté d'une femme menacée par un homme enragé. La rue est violente. Le chauffeur nous indique une vieille guimbarde "This is my taxi."  Sorti de nulle part, un  type monte à l'avant. Et là, grande gueule que je suis, je dis pour rire, juste pour rire "Il ne faut jamais accepter deux hommes dans un taxi surtout  quand on est une femme." Annie se décompose.

Le chauffeur a un visage plutôt placide, son copain un peu moins. Il se présente comme son frère. On  s'engouffre dans des ruelles mal éclairées jonchées de détritus et peuplées de mendiants et de chiens faméliques. Annie est blanche comme un linge, les doigts crispés sur le siège. "Mais détends-toi !" " Non, non je te jure, c'est pas la route de l'aéroport, y vont nous faire un sale coup, je te jure, ces mecs, je les sens pas." 

Le type s'adresse à Annie et lui demande si elle a de la monnaie sur un gros billet. Annie ne répond pas, elle ne peut plus parler, tétanisée, persuadée qu'on va lui faire la peau. Sa peur est tellement envahissante que je commence moi aussi à avoir les jetons. L'attaque étant la meilleure des défenses, j'embraye d'un ton ferme et assuré et  raconte de grosses salades censées impressionner le futur assassin. Je lui dis "We work for the French Government, the...the Department of Foreign Affairs" et  Annie d'ajouter "Yes, everybody in France knows exactly were we are..." Comprendre si tu nous kidnappes mon Coco tu vas te retrouver avec Interpole aux fesses.

Nos deux gars parlent entre eux "Qu'est-ce qu'y disent?" "Désolée ma poule, mais j'ai fait Allemand première langue" "Tu vois, je te jure, y préparent un sale coup..." La voiture freine et s'arrête. Le passager descend, il doit acheter de l'essence. Annie se voit déjà immolée par le feu. On repart, nous ne sommes plus que trois, le chauffeur, Annie et moi. S'il tente un mauvais coup, nous devrions pouvoir le maîtriser.


On arrive à l'aéroport. Le chauffeur nous aide à porter nos sacs à dos. C'était un bon gars.



Suite au prochain numéro....

Par Bérangère - Publié dans : Inde
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