On the road again
Nous avons cru mourir de peur
dans le taxi en route vers l'aéroprt de Bombay mais c'était sans compter sur notre sang-froid légendaire.
Le chauffeur s'est avéré être aussi dangereux qu'une première communiante mais c'est tellement bon de se faire peur. Annie s'en grille une entre les chariots, les bus et les
flics. L'aéroport est noir de monde. Un joyeux foutoir coloré dans une ambiance électrique. Notre objectif, avant de reprendre le vol AF 217 pour Roissy, faire un semblant de
toilette. Nous venons de passer treize heures en seconde classe dans le Mandovi Express et nous sommes un peu...enfin pas trop à notre avantage. Ce n'est pas la première fois que je squatte les
toilettes des aéroports pour me laver, si je l'ai fait aux Etats-Unis, alors pensez en Inde. Annie est un peu réticente. "Allez ma poule !" et nous voilà toutes les deux quasiment à oilpé dans
les toilettes de l'aéroport de Bombay sous le regard médusé de la dame pipi.
Elle est petite, menue, ses cheveux sont coiffés en longue tresse qui à chaque mouvement balaie son sari bleu. Ses yeux petits, en amande, très noirs sont fixés sur nous.
Quand on sort la bouteille de shampoing et que l'on commence à se laver les cheveux, elle se métamorphose en personnage de Tex Avery sous-titré en Hindi...Le chiffon dans une main, la
brosse à chiottes dans l'autre, elle sourit d'abord puis pouffe, puis nous aide à nous rincer les cheveux c'est d'ailleurs elle qui aura l'idée du sèche-mains soufflant pour le brushing.
L'eau qui coule dans le lavabo est grise des milliers de grains de poussière accumulés pendant le voyage. La meilleure façon de voir l'Inde c'est de la fenêtre d'un train mais pas des wagons
climatisés aux vitres teintées qui vous renvoient votre propre image, non en seconde classe avec les vrais gens, les vraies odeurs, les vrais paysages qui défilent en un travelling
émouvant.
Une femme qui lave son linge dans la rivière, un gamin accroupi la culotte sur les chevilles, des buffles qui paissent, des palmiers qui s'agitent, un passage à niveau surpeuplé, des
villages découpés dans le bleu de l'horizon. Dans le train, un défilé incessant de marchands, de Tchaï, de café, de samossas, de lassis, d'oreillers à louer, de
trucs-à-manger-emballés-dans-du-papier-journal-mais-qui-sentent-trop-bon. Aux arrêts des gamines, le panier de fruits sur le quai proposent des bananes, de petits paquets de mouchoirs en
papier ou des cigarettes à l'unité. Annie et moi sommes sous le charme de ces petits moments de vie qui illuminent un voyage.
Le train s'arrête une fois encore. On est un peu guimauve, l'air brassé par de vieux ventilateurs essoufflés doit friser les 35°. Quand Tada ! monte dans notre compartiment, un
jeune homme blond, légèrement hâlé, la lippe généreuse, le biceps juste à point. Il hisse son énorme sac-à-dos dans le porte-bagages découvrant un ventre plat et bronzé.
Le Levi's porté sur les hanches permet de rêver deviner la marque de son caleçon. Bref de quoi mettre deux quinquas en émoi. Plus rapides
que l'éclair nous nous redressons, nous rentrons le ventre. Je mets mes lunettes. Brad Pitt descend s'en fumer une. Annie en profite pour lui demander du feu. Trouillarde ma copine
mais pas farouche. Je me répète en boucle, "T'as arrêté de fumer, t'as arrêté de fumer." Peter est sujet de sa très gracieuse majesté, professeur fraîchement diplômé, il finance son voyage en
donnant des cours d'anglais. Annie et moi sommes sous le charme de ces petits moments de vie qui illuminent un voyage...
J'en ai d'autres à vous raconter. N'hésitez pas à repasser !
Vous en pensez quoi ?