On the road again
Hier soir, sur France 5, on parlait de chez moi. Un documentaire fort bien fait signé Gilles Balastre sur la région
Nord et le monde du travail. Sur sa belle santé économique des années 70 liée à l'industrie textile et sa chute dans les années 2000, entraînée par la fermeture étagée mais
inexorable de ses usines. Aujourd'hui on dirait sites de production. Petit rappel avant la laine, c'était le charbon qui faisait bouillir la marmite des corons. Deux industries polluantes et
grandes consommatrices de main-d'oeuvre.
Cette aventure racontée en canon, d'un côté la voix des patrons de l'autre celle des ouvriers, m'a replongée dans l'enfance. Même si mon grand-père n'appartenait à aucun de
deux mondes car commerçant, j'ai retrouvé dans ces récits croisés des paroles, des témoignages entendus quand mes oncles, tantes, amis des parents discutaient. Ce qui m'a
le plus ému dans ces petits bouts de vie c'est l'évocation du "temps d'avant" celui du plein emploi ou presque, avant que n'arrivent la précarité du travail, la flexibilité des horaires, la
délocalisation. Les usines fermées, les ouvriers se retrouvent "à pointer", inquiets de ne pas avoir "leurs points" pour prétendre à la retraite. Il y avait beaucoup de peur. Une peur
ou un malaise qui nous gagne tous.
On ne comprend vraiment une souffrance que lorsque que l'on connaît celui qui souffre. Et bien hier soir, les Bruno, les Marcel, les Jean-Claude, je les connaissais. Ou plutôt je les
reconnaissais. A quoi ? A leur accent. On est loin du C'hti d'opérette de Dany Boon, non je vous parle du vrai accent du Nord où les A sont ronds comme des O, où les S deviennent
CH. Mon accent n'est pas aromatisé à la lavande, non, il sent la cassonade, le froid piquant des matins d'hiver, la Stella Artois, le pavé mouillé, la bonne odeur d'un poêle à charbon. Il traîne
du côté de Wazemmes et de Douai. J'ai quitté Lille il y a 25 ans mais je sais que je l'ai gardé un peu comme une marque de fabrique. Je
suis estampillée. Il n'est pas très classe mais ch'est le mien et j'l'aime, voilà quoi !
Si à ce documentaire retour aux sources, j'ajoute le film de Keren Yedaya "Jaffa" je peux vous assurer qu'hier j'ai vécu une vraie journée nostalgie. Retrouver Israël à l'écran, entendre
parler hébreu, suivre en lent travelling les rues de Jaffa, voisine de Tel Aviv, c'était incroyablement émouvant. Le film "Jaffa" c'est une histoire d'amour qui tourne mal.
Mais au delà du drame sur fond de tension arabo-juive, il y a un formidable message de liberté. Celle que la jeune héroïne va enfin s'accorder, s'affranchissant de sa famille. Le dernier plan du
film est d'une rare beauté. Pourtant il n'y a qu'une gamine, la mer Méditérannée et une femme qui chante...
Avec ma mer du Nord...
Vous en pensez quoi ?