Inde

Lundi 4 mai 2009

L'avantage de partir avec une copine c'est de passer des vacances de filles. C'est à dire, traîner trois heures à la piscine, s'organiser une après-midi shopping sans traîner un boulet, bavasser deux heures à la table du petit déjeuner en sirotant un thé,  sauter l'heure du déjeuner pour le soir se ruer sur le poulet Tandori. Mais les vacances sans garçon, homme, compagnon, mari, c'est courir le risque de partir en promenade et de se perdre. Car si une femme seule n'a aucun sens de l'orientation, deux femmes, c'est deux fois pire !

Je propose à Annie de rejoindre  Fort Aguada, depuis Candolim, une grosse heure de marche en longeant la mer. Il est sept heures, la plage est encore déserte, le soleil timide, seuls quelques promeneurs ou yogis solitaires. Nous devisons sur la beauté du site, le bonheur de marcher pieds nus. Puis de fil en aiguille, on enchaîne. On discute, on argumente, on abonde, on renchérit et..et on oublie l'heure et le lieu. Je regarde l'heure, Neuf heures trente, je regarde la plage. "Merde, où on est ?", "Ben, on doit pas être loin ?", "Ouais mais où ?"  Les plages de Goa se déroulent en un long ruban de sable doré coincé entre la mer  d'Adaman et la plage plantée de paillotes. Toutes identiques ou presque.


Nous tombons d'accord sur le fait que nous avons dépassé Candolim. La seule chose dont je suis certaine c'est que nous avons débouché sur la plage au niveau de la paillote "Sunset quelque chose"  Le soileil commence à taper et si marcher le long de l'eau est très agréable, fouler le sable fin et fuyant est é-pui-sant. On repère un couple, à juger par la couleur de leur bronzage, ils connaissent les lieux. "Excuse us but we got lost !", " How can you get lost on a beach ?" et le type de s'esclaffer. Genre y'a que deux gonzesses pour se perdre sur une plage. Margaret, sa femme est beaucoup plus compréhensive et serviable. On oublie qu'on est perdu et on commence à taper la discute avec ce couple de British, délicieusement sympathique.


Dix heures trente, on a le ventre vide, nous avions prévu de prendre le breakfast après la promenade. Là on met le Turbo et le GPS. Quand on a faim, on trouve toujours son chemin. De fait, on finit par trouver le "Sunset Sunside" et à deux cents mètres notre hôtel. Sauf que le petit-déjeuner est terminé. Mais c'était sans compter sur Annie la fourmi qui avait pris les petits gâteaux Air France du plateau repas. Avec un grand sourire, on  réussit à se faire servir deux grands cafés, dégustés au bord de la piscine à l'ombre des palmiers et autres bougainvilliers. Et là on rit mais on rit jusqu'à midi l'heure de sauter sur le scooter pour aller au Flea Market d'Anjuna...


Next stop !
 


            

Par Bérangère
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Lundi 27 avril 2009

Nous avons cru mourir de peur dans le taxi en route vers l'aéroprt de Bombay mais c'était sans compter sur notre sang-froid légendaire.

Le chauffeur s'est avéré être aussi dangereux qu'une première communiante  mais c'est tellement bon de se faire peur. Annie s'en grille une entre les chariots, les bus et les flics. L'aéroport est noir de monde. Un joyeux foutoir coloré dans une ambiance électrique. Notre objectif, avant de reprendre le vol AF 217 pour Roissy,  faire un semblant de toilette. Nous venons de passer treize heures en seconde classe dans le Mandovi Express et nous sommes un peu...enfin pas trop à notre avantage. Ce n'est pas la première fois que je squatte les toilettes des aéroports pour me laver, si je l'ai fait aux Etats-Unis, alors pensez en Inde. Annie est un peu réticente. "Allez ma poule !" et nous voilà toutes les deux quasiment à oilpé dans les toilettes de l'aéroport de Bombay sous le regard médusé de la dame pipi.


Elle est petite, menue, ses cheveux sont coiffés en longue tresse qui  à chaque mouvement balaie son sari bleu. Ses yeux petits, en amande, très noirs sont fixés sur nous. Quand on sort la bouteille de shampoing et que l'on commence à se laver les cheveux, elle se métamorphose en  personnage de Tex Avery sous-titré en Hindi...Le chiffon dans une main, la brosse à chiottes dans l'autre, elle sourit d'abord puis pouffe, puis nous aide à nous rincer les cheveux c'est d'ailleurs elle qui aura l'idée du sèche-mains soufflant pour le brushing.


L'eau qui coule dans le lavabo est grise des milliers de grains de poussière accumulés pendant le voyage. La meilleure façon de voir l'Inde c'est de la fenêtre d'un train mais pas des wagons climatisés aux vitres teintées qui vous renvoient votre propre image, non en seconde classe avec les vrais gens, les vraies odeurs, les vrais paysages qui défilent en un travelling  émouvant. 






Une femme qui lave son linge dans la rivière, un gamin accroupi la culotte sur les chevilles, des buffles qui paissent, des palmiers qui s'agitent, un passage à niveau surpeuplé, des villages découpés dans le bleu de l'horizon. Dans le train, un défilé incessant de marchands, de Tchaï, de café, de samossas, de lassis, d'oreillers à louer, de trucs-à-manger-emballés-dans-du-papier-journal-mais-qui-sentent-trop-bon. Aux arrêts des gamines, le panier de fruits sur le quai proposent des bananes, de petits paquets de mouchoirs en papier ou des cigarettes à l'unité.  Annie et moi sommes sous le charme de ces petits moments de vie qui illuminent un voyage.

 

Le train s'arrête une fois encore. On est un peu guimauve, l'air brassé par de vieux ventilateurs essoufflés doit friser les 35°.  Quand Tada ! monte dans notre compartiment, un jeune homme blond, légèrement hâlé, la lippe généreuse, le biceps juste à point. Il hisse son énorme sac-à-dos  dans le porte-bagages découvrant un ventre plat et bronzé. Le Levi's porté sur les hanches permet de rêver deviner la marque de son caleçon. Bref de quoi mettre deux quinquas en émoi. Plus rapides que l'éclair nous nous redressons, nous rentrons le ventre. Je mets mes lunettes. Brad Pitt descend s'en fumer une. Annie en profite pour lui demander du feu. Trouillarde ma copine mais pas farouche. Je me répète en boucle, "T'as arrêté de fumer, t'as arrêté de fumer." Peter est sujet de sa très gracieuse majesté, professeur fraîchement diplômé, il finance son voyage en donnant des cours d'anglais. Annie et moi sommes sous le charme de ces petits moments de vie qui illuminent un voyage...



J'en ai d'autres à vous raconter. N'hésitez pas à repasser !

Par Bérangère
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Jeudi 23 avril 2009

L'avion, les vaches,  la vitesse en général, les serpents,  les tremblements de terre m'angoissent. J'ai peur des éléments et des gros bestiaux mais jamais des gens.  Mon amie Annie  n'a peur de rien SAUF des gens. Un regard un peu appuyé, une main dissimulée dans une poche et elle croit qu'on veut l'assassiner. Une vache dans un pré et je fais un détour, un grand, pour l'éviter. La vache évidemment. Faites un effort pour suivre !

21 H 30. Une gare dans la grande banlieue de Bombay. Les quais grouillent de monde, de poussière et de bruits. Une  poignée de types nous tombe dessus. "Taxi, Taxi !" "How much to go to the airport ?" Ils  se rapprochent, nous entourent, ils sentent la sueur, leurs yeux sont rougis par la  fatigue, l'alcool, le paan. Je devine une certaine tension monter chez Annie. On  accepte la course pour 500 roupies. C'est très largement payé mais bon ! Le type nous fait signe de le suivre, on passe à côté d'une femme menacée par un homme enragé. La rue est violente. Le chauffeur nous indique une vieille guimbarde "This is my taxi."  Sorti de nulle part, un  type monte à l'avant. Et là, grande gueule que je suis, je dis pour rire, juste pour rire "Il ne faut jamais accepter deux hommes dans un taxi surtout  quand on est une femme." Annie se décompose.

Le chauffeur a un visage plutôt placide, son copain un peu moins. Il se présente comme son frère. On  s'engouffre dans des ruelles mal éclairées jonchées de détritus et peuplées de mendiants et de chiens faméliques. Annie est blanche comme un linge, les doigts crispés sur le siège. "Mais détends-toi !" " Non, non je te jure, c'est pas la route de l'aéroport, y vont nous faire un sale coup, je te jure, ces mecs, je les sens pas." 

Le type s'adresse à Annie et lui demande si elle a de la monnaie sur un gros billet. Annie ne répond pas, elle ne peut plus parler, tétanisée, persuadée qu'on va lui faire la peau. Sa peur est tellement envahissante que je commence moi aussi à avoir les jetons. L'attaque étant la meilleure des défenses, j'embraye d'un ton ferme et assuré et  raconte de grosses salades censées impressionner le futur assassin. Je lui dis "We work for the French Government, the...the Department of Foreign Affairs" et  Annie d'ajouter "Yes, everybody in France knows exactly were we are..." Comprendre si tu nous kidnappes mon Coco tu vas te retrouver avec Interpole aux fesses.

Nos deux gars parlent entre eux "Qu'est-ce qu'y disent?" "Désolée ma poule, mais j'ai fait Allemand première langue" "Tu vois, je te jure, y préparent un sale coup..." La voiture freine et s'arrête. Le passager descend, il doit acheter de l'essence. Annie se voit déjà immolée par le feu. On repart, nous ne sommes plus que trois, le chauffeur, Annie et moi. S'il tente un mauvais coup, nous devrions pouvoir le maîtriser.


On arrive à l'aéroport. Le chauffeur nous aide à porter nos sacs à dos. C'était un bon gars.



Suite au prochain numéro....

Par Bérangère
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Vendredi 3 avril 2009

Au Viet Nam on les appelle buôi doi, dust of life ou poussières de vie, en Inde ce sont les slumdogs ou chiens des bidonvilles. Qui ? Les enfants pauvres, les abandonnés, les laisser pour compte. Ceux que l'on ne voit pas ou que trop, ceux que l'on  voudrait ne pas voir. Ces gosses morveux, sales qui vous collent aux basques pour cirer vos chaussures ou vous vendre un porte-clef certainement fabriqué par encore plus malheureux qu'eux dans une banlieue glauque de Delhi, Manille ou Beijing. Ces enfants là, je n'ai pas pu, pas su les fixer dans mon objectif.

Mais leur visages sont inscrits à l'encre noire. Cette petite fille de Sapa aux yeux collés par une conjonctive surinfectée, ce petit Tibétain dans le crâne était couvert de gale, cette jeune indienne mendiant à l'entrée de Victoria Station qui m'a regardée avec des yeux perdus, affolés. Ce jeune Khmer beau comme un dieu qui se déplaçait avec des béquilles, victime d'une mine anti-personnelle. Tous ces visages d'enfants qui vous donnent envie de hurler. De serrer les vôtres un peu plus fort. Ces enfants que vous voudriez sauver et à qui vous  donnez quelques pièces, une pomme, un stylo, un foulard. Vous ne pouvez pas soulager toute la misère du monde.

Sur tous ces enfants, j'ai posé un sourire, un regard qui voulait dire: je te vois, tu existes. Aujourd'hui c'est à eux que je dédie ce billet  pianoté les yeux embués de leurs souvenirs. 


Ces sourires là, sont ceux de la sortie d'école, de la joie d'avoir un toit et une table.





                                 



                                    




Cette photo a été prise il y a une dizaine d'années à Luang-Prabang. Imaginez les bords du Mékong et une maisonnette-épicerie-café où l'on peut s'abreuver et s'abriter du soleil. Il est midi, ça tape dur. On descend de moto, la gamine accourt, tenant sa jolie robe bleue à la manière d'une princesse, j'enlève mon casque, la princesse se fige, elle découvre mes yeux ronds, mon grand nez, elle reste sans voix, elle ne sait pas si elle doit  rire ou pleurer, terrorisée. C'est son père qui calmera le jeu lui expliquant qu'elle n'a rien a craindre de nous. Il lui faudra dix bonnes minutes avant de nous sourire. Quand  nous  sommes repartis, elle était devant  l'échoppe,  la  main droite  tire-bouchonnant  l'ourlet de sa robe et  la main gauche agitant   un  mouchoir invisible. Un beau souvenir de voyage.

 


Stay tuned...

Par Bérangère
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Lundi 30 mars 2009

Mon mariage a été arrangé. Comme celui de ma soeur, de mon frère et de ma cousine. Certes j'ai bien essayé de résister, on me disait un peu rebelle mais le garçon que j'aimais était de caste inférieure. Je me suis pliée au choix de mes parents. Et j'ai épousé Amit. Ce n'est pas un mauvais mari, je ne lui connais ni gros défauts ni grandes qualités, il est solide, lisse. Un galet. Il aime mon Kurma, mon chochori et surtout mon Dal et affirme que je suis la meilleure cuisinière de Bombay. Finalement j'ai appris à l'aimer.




                                Savita, notre cuisinière. C'est à elle que je dois mes talents




C'est avec ma belle-mère que cela a été le plus dur. Après sept mois de mariage, je n'étais toujours pas enceinte. Quand mon ventre, s'est arrondi, elle allait tous les jours au temple, graisser la patte du Brahmane pour que son premier petit-enfant soit un garçon.  Au sixième mois, j'ai fait une fausse couche. Une petite fille, ma petite nageuse comme je l'appelais tant elle bougeait dans mon ventre aquarium. On l'a vite oubliée. Moi pas.  Au printemps suivant, je donnais naissance à un beau garçon suivi d'un autre trois ans plus tard. En perpétuant la lignée mâle, j'accédais au statut de belle-fille chérie.





                                               Quelques mois après la naissance




Mes fils sont mes rois. Balram, l'aîné a intégré "The institution of engineers of Maharashtra State" Il fera le même métier que son père, ils se ressemblent tant. Prem, le cadet est plus, comment dire ? plus proche de moi. C'est un doux, un sentimental. Il termine  saint Xavier College et étudiera la littérature  à l'université. Son rêve devenir écrivain. Son père trouve que c'est métier de fille, je prie en secret pour qu'il réussisse. Nous pourrions lui aménager la chambre qui donne sur la terrasse, en faire son bureau. La vue sur Chowpatty est splendide. Surtout quand le soleil tombe dans la mer d'Oman éclaboussant les gratte-ciel de Malabar Hill.






                                                         Prem, en route pour l'école



Je suis comptable chez Tyco la branche télécommunications de Tata Group. Aujourd'hui, je ne travaille pas, j'ai rendez-vous chez Rajani,, fille et petite-fille de couturière. Trois générations que nous nous habillons chez elles. Les tissus sont plus beaux, les finitions plus soignées que tous ces modèles que l'on trouve au Mega Hall de Andheri ou à l'Atria Millenium près de Haji Ali. En rentrant je repasserai au temple déposer quelques roupies dans l'écuelle de ma petite marchande d'offrandes. Je dois penser à acheter des Brinjal pour le curry ou peut-être je ferai des Paneer dalak ? On verra suivant mon inspiration et les prix du marché...





                                                                   Rajani




Les lieux, les plats, les écoles existent pour le reste...Toute ressemblance avec des personnes ayant réellement existé ne serait que fortuite. Dommage, elle m'était sympathique  Gouri.


(To be continued)

Par Bérangère
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