Israël

Mardi 15 septembre 2009

Ce matin là pour accéder au Monastère saint Georges à Jéricho, il fallait du souffle. Souffle de vie et d'envie. Envie de voir. Du sommet de la montagne on embrasse un  panorama qui s’étend de Jéricho, à la vallée du Jourdain et aux monts de Moab. Ce vaste paysage coïncide avec les circonstances de la tentation du Christ. C'est là qu'il aurait jeûné pendant quarante jours et aurait été tenté par le diable. Le démon lui dit alors: “Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain.” Jésus répondit “Il est écrit: Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre” Luc 4. 3-5

Comme partout en Palestine et en Israël, cette singulière impression de relier l'humain au divin.

Après une ascension et une descente épuisantes, avant le dernier check point palestinien, on repère un hôtel qui ne paie pas de mine et derrière un rideau de palmiers, une piscine. Quelques familles. Beaucoup d'enfants. On commande une salade de tomates, un bol de houmous et une limonade glacée. Vers dix-sept heures quand le soleil commence à perdre  de sa superbe, les hommes sortent un narguilé. La fumée douceâtre se mélange au  vent chaud du désert. Les femmes improvisent une danse du ventre. Elles dansent, les plus âgées poussent des youyous en tapant des mains, les hommes tirent sur leur narguilé. Le soleil creuse son sillage dans le ciel encore bleu. En plein désert, à Jéricho. Humain, divin ?

Dans la voiture, sur le chemin du retour, on écoute encore de la musique. Le volume à fond. On tape des mains. Arrivés à Jérusalem, le shofar a déjà sonné, c'est la fin de shabat. La ville a retrouvé ses couleurs, ses gens, ses odeurs, Le frigo est vide, on va dîner chez Cafit sur Emek Refaïm. Je commande une salade à la patate douce et au chèvre frais avec quelques feuilles de Nana (menthe). Le plat est si copieux que je pourrais nourrir toute ma famille.

Dans ce pays rien n'est petit. Tout est trop, le passé, la vie, les gens, l'avenir, l'Histoire, les histoires. Hier, aujourd'hui, demain. L'humain, le divin.


Ce matin, un ciel gris et plombé et le bruit de la machine à laver. Envie d'ailleurs.


           

Par Bérangère
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Vendredi 12 juin 2009

"Vice-Versa" la librairie francophone de Jérusalem organise régulièrement des débats, des soirées, des concerts et Denise, l'une des libraires propose des escapades littéraires à travers la ville. Extraits de romans lus au fil des rues et des quartiers. Nous sommes en septembre 2006, "Les bienveillantes' de Johantan Littell viennent de déferler. Je lis ce pavé. Jusqu'à la nausée. Vice Versa monte une soirée-débat autour du livre. Il y a un monde fou. L'ambiance est électrique. Je sympathise avec ma voisine. Une  belle femme, vive et passionnée. A la fin de la soirée, nous échangeons nos numéros. J'égare le sien.

Quelques jours plus tard, Elle m'appelle. Nous nous donnons rendez-vous au Café Hilel à l'angle de rehov Yafo et rehov Heleni hamalka. Au fil des conversations, j'apprends qu'elle a fait son alya dans les années 70 avec ses deux ainées. "Mais en France, vous habitiez où ?", "à Lille..." Mon coeur ne fait qu'un tour. Nous nous revoyons souvent. Elle me parle de sa vie, d'Israël et surtout me fait découvrir SA Jérusalem. On décide qu'il est temps que nos maris se rencontrent. On passe une soirée délicieuse dans un restaurant de Moshavat Germany. "Vous habitiez à Lille, mais quelle rue ?", " Jeunes mariés, nous louions un meublé à un couple de retraités, rue d'Arcole, au 12"


Ma mère adorait Tante Berthe, couturière de son état, elle trouvait que ses robes avaient du "chic" Le samedi, au volant de l'Ami 6  de mon père, nous allions chez oncle Gaston et tante Berthe pour les "essayages." J'adorais jouer dans l'atelier de Tante Berthe, créer des bouquets d'étoffes colorées. Oncle Gaston, s'asseyait dans son fauteuil: " Allez, Petite, je t'écoute" et je déclamais les poésies apprises en classe. Il était bon public et je quittais le salon sous des salves d'applaudissements. Leur fille unique mariée, ils ont transformé la maison. Ils occuperaient le rez-de-chaussée louant l'étage désormais aménagé en meublé. Vous l'avez deviné, ils habitaient rue d'Arcole, au 12.


C'est une histoire toute simple mais je la trouve belle et  la dédie à Heure-Bleue et Otir.


Quatre ans aujourd'hui que j'ai ouvert ce blog. Heure Bleue a été la toute première inconnue à commenter mes billets. Otir, de son côté de l'océan, a parlé de mon blog boostant ainsi le trafic. Je veux les remercier. Comme vous tous qui passez par ici. En silence ou non. Merci. Si si !









Pour la photo de l'inconnue, le Goût des autres a trouvé. David-Néel. Une femme remarquable qui battait le vaste monde quand ses congénères s'assuraient d'avoir la taille "bien prise" dans leur corset. Au fait, le Goût est Monsieur Heure Bleue à la ville. Une sacrée paire !



Par Bérangère
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Mardi 27 janvier 2009

Jérusalem est une ville sainte, c'est aussi et surtout une ville de couleurs et d'odeurs. Marcher dans la vieille ville c'est plonger dans un univers sensuel. Une débauche d'émotions. Laisser courir la main sur les pierres gorgées de soleil. Poser les yeux et s'enivrer de l'or du ciel. Partout.  Ecouter parler hébreu, arabe, yiddish,  entendre un psaume, un chant ou des choeurs. Être témoin d'une dispute, recevoir un éclat de rire, cueillir un sourire. C'est voir des religieux en blanc, des femmes voilées, d'autres bras nus, des enfants au teint cuivré, des gamines brunes et bouclées. Des moines éthiopiens barbus et dodus. Des cierges et des lampes, des ampoules électriques et un autel dérobé où fleurissent des bouquets en plastique.


 





C'est humer, respirer,absorber l'encens, la myrrhe, le vent de sable, la graisse des falafels, les pains ronds et plats sortant du four, les fruits en décomposition, le café à la cardamome, la fumée du narguilé, le piquant des légumes et la rondeur feutrée des épices. C'est suivre des yeux, la silhouette fragile des hommes qui s'en vont prier, de jeunes soldats armés, des femmes qui  vendent deux bricoles à même le sol. Parfums d'une ville aimée, adorée, convoitée, insaisissable, secrète, violente.



 

                                                      




Jérusalem, C'est s'ouvrir à un monde de petits riens saisis  à l'entrée d'une église, d'une mosquée, d'un marché.  Jérusalem c'est l'étourdissement permanent. Une ville où l'on oublie le temps, le temps des hommes.  


Il est midi, la température est de 19°, le soleil dispute le ciel aux nuages. La lumière est à son point de rosée. Les restaurants affichent complet, les filles en jupe longue se tiennent par la main, des garçons en kippa les suivent en riant. Le muezzin appelle à la prière.  Le houmous s'étale généreusement sur les pitas et les palmiers de la Porte de Damas prennent le vent. Je voudrais être là-bas.



Par Bérangère
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Lundi 12 janvier 2009

Il existe des premières fois qui ne sont point des essais mais des coups de maître, tel le film de Reshef Levy " Mes plus belles années " Avec cette chronique d'une famille israélienne, le père, la mère et les cinq fils, Levy tisse une histoire somme toute banale de petits riens du quotidien, des premiers émois amoureux à la passion du père pour les cactus en passant par l'amour inconditionnel de la mère pour ses cinq fils.

Le ton badin et léger de la première heure donne le sourire et invite à la nostalgie, la bande son est une véritable anthologie des tubes des années 80. Mais la vie n'est pas une succession de jours heureux, il suffit d'un accident, d'une déception sentimentale, d'un secret, d'une guerre pour que la légereté verse scène après scène dans le grave.

C'est un film magnifique sur le sens de la famille, ses valeurs, son honneur et ses déchirures. On rit beaucoup, on pleure aussi. Sans déflorer le film, il y a ce plan extraordinaire du  jeune soldat en pleurs filmé de dos qui court  pour fuir l'horreur de la guerre. Inévitablement, cette scène rappelle une actualité dramatique. Sans donner de leçons d'histoire et sans  discours partisan, " Mes plus belles années " donne à voir un Israël sensible et touchant, loin de l'image  imposée aujourd'hui, celle d'un pays jeune qui doit grandir, assurer sa sécurité sans dépasser ses frontières ni occire ses voisins. Un pays qui doit trouver la paix, sa paix.





                                          



Par Bérangère
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Vendredi 7 novembre 2008

Quand j'habitais Jérusalem, vendredi était mon jour  préféré. Dès le matin, les gens se dépêchaient de faire leurs courses car le soir une heure avant la tombée de la nuit commençait le Shabbat. Et le jour de Shabbat TOUT est fermé, enfin à Jérusalem. Les rues et les magasins s'emplissaient d'une foule pressée et bigarrée. Impossible de faire un pas sans entendre Shabbat Shalom. Chez le fleuriste Shabbat Shalom, chez le caviste Shabbat Shalom, chez le traiteur Shabbat Shalom, chez le coiffeur Shabbat Shalom.


Très vite, moi la catholique, je me suis lancée dans le mouvement. Je distribuais des Shabbat Shalom par brassées. C'est très facile à prononcer et ces deux mots forcent la bouche à sourire. Les gens étaient heureux le lendemain était un jour spécial, sanctifié et chômé. Vers quinze heures les magasins baissaient le rideau de fer, les chaises des restaurants  étaient posées retournées sur les tables. Les enfants rentraient chez eux, je revois ce petit garçon, un journal  sous le bras qui en courant a perdu sa kippa.


    

Photo prise près du Kotel à Jérusalem. Yaël Manis


Doucement la nuit tombait et les fenêtres s'éclairaient des Nérots, les bougies du vendredi soir. Tout était prêt, la maison propre, le repas cuisiné, la table dressée, le bain pris. Pendant vingt-quatre heures, la famille se consacrerait à la visite à la synagogue et "cesserait toute activité créatrice." Plusieurs fois nous avons été invités à Shabbat. J'en garde un souvenir doux et chaleureux. Mais vu de ma fenêtre, Shabbat c'est aussi une ville qui s'arrête et qui dort.


Quand nous avions envie de renouer avec la civilisation parlante et bruyante, nous filions vers Tel Aviv. Une heure de voiture et nous nous promenions dans les rues animées. Car Si Jérusalem prie, Haïfa travaille, Tel Aviv s'amuse. Tel Aviv c'est l'indisciplinée, celle qui déjeune en terrasse les yeux sur Jaffa, qui se baigne en deux pièces, qui tourne à fond le volume...Nous sommes vendredi matin, je vais  faire les courses mais je ne dirai rien aux voisins alors c'est à vous que je dis: Shabbat Shalom !


  Minaret de Jaffa


Photo "volée" chez Ysa. un blog que je vous recommande. Le minaret de Jaffa.



                         
Par Bérangère
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